Onze ans après Different Places, Sean Scully retrouve la Galerie des Anciens Chais de Château La Coste avec Stack. Une exposition inédite où le maître de l’abstraction bouscule ses lignes et ses aplats avec la bombe, le dessin et même quelques échappées figuratives.
Sean Scully, la géométrie avec des sentiments
Né à Dublin en 1945 et installé aux États-Unis depuis les années 1970, Sean Scully est devenu l’une des grandes figures internationales de la peinture abstraite.
Depuis plus d’un demi-siècle, son vocabulaire semble tenir à quelques éléments essentiels : des bandes, des blocs, des lignes horizontales et verticales, des couleurs qui se superposent ou se répondent. Une géométrie en apparence élémentaire, mais jamais froide, où les irrégularités du geste, la matière et les vibrations chromatiques donnent aux compositions une étonnante charge émotionnelle.
Son histoire avec Château La Coste est déjà ancienne. En 2007, il y réalise Wall of Light Cubed, monumentale construction composée de plus de 1 000 tonnes de pierres calcaires. Puis, en 2015, l’exposition Different Places investit la Galerie des Anciens Chais avec treize peintures à l’huile réalisées entre 2002 et 2015, des dessins et des aquarelles. Pour l’occasion, Scully imagine également Boxes Full of Air, spectaculaire structure en acier Corten de plus de trois mètres de haut et quinze mètres de long, aujourd’hui encore installée dans le domaine.
Onze ans plus tard, l’artiste revient donc en terrain familier, mais avec un langage qui continue d’évoluer.
« Stack », l’abstraction prend un coup de bombe
Présentée jusqu’au 11 octobre 2026 et placée sous le commissariat de Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou, Stack offre surtout la primeur d’une toute nouvelle série. Au centre de la Galerie des Anciens Chais : huit peintures monumentales réalisées en 2025, toutes au même format de 216 × 190 cm.
Sur des plaques d’aluminium, Scully combine dessin, peinture traditionnelle et peinture en bombe, empilant lignes, grilles et masses dans des compositions à mi-chemin entre architecture et geste pictural.
Le noir, le blanc et le gris dominent, soudain traversés d’un rouge vif ou de tonalités terracotta. La bombe appliquée directement sur l’aluminium donne à certaines œuvres une énergie plus immédiate, presque urbaine ou punk. Dans Stack 5, les lignes noires verticales et horizontales se resserrent jusqu’à former un réseau dense d’où ne filtrent plus que quelques éclats de blanc. Malgré leur puissance physique, ces nouvelles peintures conservent pourtant ce qui fait la singularité de Scully : le rythme, les variations de matière et cette façon de faire naître l’émotion d’une géométrie imparfaite.
Mais l’exposition réserve aussi quelques pas de côté. Tower 2 est ainsi issu d’un dessin réalisé directement sur l’iPhone de l’artiste, preuve que chez Scully le dessin peut surgir sur n’importe quel support. Avec Natured, série de trente estampes tirées de dessins réalisés dans un carnet lors d’un voyage sur l’île d’Eleuthera, plantes et formes naturelles apparaissent sous son trait.
La surprise vient enfin de Cactus 15, peinture figurative aux couleurs éclatantes présentée pour la première fois au public. Face aux tonalités sombres et à la rigueur des Stack, cette incursion dans le monde végétal apporte un contrepoint lumineux et révèle une facette plus inattendue de l’artiste.
De la feuille de papier à l’écran d’un smartphone, du pinceau à la bombe, de l’abstraction au cactus, un fil reste pourtant intact : la ligne.
Par Eric Foucher / Photos Rémi Santolaria / Château La Coste




