Quoi ? : Actrice, artiste et auteure
Combien ? : Lena, 17.50 € aux Editions Sixième(s)
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Au travers son parcours d’actrice, de scénariste, de peintre et aujourd’hui de romancière, une récurrence : la question de la construction de soi, de la violence héritée, de la résilience et de la liberté. Son premier roman Léna, coécrit avec Samuel Massilia, n’y échappe pas. Nous avons souhaité tirer le fil …

« J’avais envie de raconter un monde qu’on voit rarement raconté de l’intérieur. Souvent, les transfuges de classe sont observés avec le regard de ceux qui les regardent. J’avais envie d’être à hauteur de celle qui le traverse. C’est un livre sur la dignité, sur le désir de trouver sa place, et sur la manière dont on se construit quand on n’a pas reçu les mêmes cartes que les autres. » Entre Aix-en-Provence et Paris, Lena est une adaptation romanesque d’un scénario développé à la Fémis, écrit à quatre mains avec Samuel Massila. Le roman suit le parcours d’une enfant puis d’une jeune femme métisse qui tente de trouver sa place dans un monde dont elle ne maîtrise pas toujours les codes. À travers son regard, il explore avec finesse les questions d’ascension sociale, d’identité, de déterminisme et d’émancipation. Nous avons rencontré son instigatrice lors d’une séance de dédicace organisée par la Librairie Ruptures à la Cité radieuse de Marseille. L’occasion d’échanger avec lui sur la genèse de Lena, son travail d’écriture et les thèmes qui traversent ce premier roman.

Quel a été le moment le plus difficile dans la naissance de Léna ? L’écriture, les réécritures ou le fait de se dévoiler ?

Le plus difficile a été de trouver la bonne distance.

Je voulais éviter toute forme de misérabilisme ou de démonstration.

Les réécritures ont servi à épurer, jusqu’à ce que le livre ne cherche plus à convaincre mais simplement à être juste.

Votre héroïne refuse le déterminisme social. Est-ce finalement le vrai sujet du livre : peut-on réécrire son destin ?

Je ne crois pas qu’on réécrive complètement son destin. En revanche, on peut transformer ce que l’on fait de son histoire. Nous sommes façonnés par notre milieu, mais nous ne sommes jamais définis par lui. C’est cette liberté fragile qui m’intéressait.

Pourquoi avoir choisi d’écrire avec Samuel Massilia ? Qu’apporte-t-il à votre univers ?

Samuel possède une grande sensibilité et une écoute hors-norme. Nous partageons le goût des silences, des sous-textes et des récits qui laissent une place au lecteur. Mais aussi il m’a permis d’avoir du recul, je travaillais sur ce livre depuis un moment mais je n’arrivais pas à le structurée.. il l’a accompagné avec beaucoup d’intelligence.

Comment écrit-on réellement à quatre mains ? Chacun écrit-il des chapitres ou chaque phrase est-elle discutée ?

Nous avons tout partagé. Chaque phrase pouvait être discutée, déplacée, supprimée. C’était un dialogue permanent.

L’ego n’avait pas sa place. Seule comptait la justesse du texte. Ça a pris 4 ans 🙂

En lisant Léna, on a parfois l’impression de voir les scènes plutôt que de les lire. Est-ce votre formation de scénariste qui ressort naturellement ?

Oui. Le premier scénario est né à la Fémis. J’ai longtemps pensé cette histoire pour le cinéma avant de comprendre qu’elle demandait aussi la liberté du romanJ’ai besoin de penser les décors, les lieux, de visualiser chaque moment avant de rentrer dans la tête de ma protagoniste. La littérature m’a permis d’entrer beaucoup plus profondément dans la psychologie des personnages. (Aujourd’hui, avec la peinture, c’est l’espace où je me sens la plus libre artistiquement.)

Si demain ce roman était adapté au cinéma, accepteriez-vous de jouer un personnage ou préféreriez-vous rester derrière la caméra ?

Je crois que je choisirais la mise en scène. Après avoir vécu aussi longtemps avec ces personnages, j’ai envie de les accompagner jusqu’au bout de leur incarnation. C’est une autre manière de raconter une histoire.

Il y a dans le roman une vraie réflexion sur les rencontres qui sauvent une vie. Est-ce que vous croyez aux “passeurs” et quels ont été les vôtres ?

 Une vie peut parfois basculer grâce à une seule personne qui vous regarde autrement.

Dans le livre je ne considère pas ces passeurs comme bienveillants… mais un professeur, un ami, un artiste, un inconnu, oui c’est possible. Les passeurs ne changent pas notre histoire ; ils nous rappellent simplement qu’un autre chemin est possible.

Ce livre parle aussi beaucoup des femmes. Souhaitiez-vous raconter une héroïne qui refuse d’être une victime ?

Oui. Je voulais une héroïne qui traverse la violence sans que celle-ci devienne son identité. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la victimisation mais la capacité d’un être à préserver sa liberté intérieure, malgré ce qui est passé.

Vous n’idéalisez jamais vos personnages. Était-il important de montrer que même les héros peuvent être contradictoires ?

Je me méfie des personnages exemplaires. Les êtres humains sont traversés par des contradictions permanentes.

C’est justement dans ces zones de fragilité que naissent l’émotion et la vérité romanesque.

Une fois le livre refermé, quelle question aimeriez-vous que les lecteurs continuent de se poser ?

J’aimerais qu’il se demandent ce qu’il aurait vu s’il avait été à la place des adultes autour de Léna. Et, plus largement, combien de destins restent invisibles parce que personne ne prend le temps de regarder vraiment.

Revenez-vous parfois à Aix où vous avez passé votre enfance. Et si oui quels sont les endroits où vous aimez vous rendre ?

J’y retourne parfois parce qu’une partie de mon histoire est là. Mais je ne m’y reconnais plus vraiment. J’ai le sentiment que la ville est devenue plus bourgeoise, plus refermée sur elle-même. Cette culture des grandes propriétés derrière des digicodes et des portails, ce n’est pas ce que je recherche. J’aime les villes où l’on se croise, où la culture déborde dans la rue, où les artistes ont une vraie place. Sur le plan culturel, j’ai aussi le sentiment que peu de choses ont réellement évolué depuis mon enfance.

Propos recueillis par Eric Foucher / Photos E.F