À Aix, Super Dragon met un joli coup de chaud à la cuisine chinoise. Aux commandes de cette délicieuse cantine ? Chan Yan et Jérémy, qui imaginent des recettes maîtrisées où bouillons longuement mijotés, bao toastés et desserts revisités font voyager pour de vrai.
Une Chine hot couture
Elle est sino-coréenne, passée par les cuisines d’établissements étoilés à Paris mais aussi de l’InterContinental Marseillais. Lui était designer d’intérieur.
Chan Yan et Jérémy se rencontrent dans la capitale avec une envie qui germe doucement : celle de croiser leurs deux disciplines, l’architecture et la cuisine.
Après un premier kiosque-test en Normandie – et un CAP cuisine obtenu pour Jérémy – le couple a finalement posé ses couteaux à Aix. Leur idée ? Défendre une cuisine chinoise authentique, intense en bouche et abordable. Une proposition à rebours des enseignes chinoises standardisées « et de leurs sauces bas de gamme qui brouillent le goût et manquent d’âme ».
Super Dragon, c’est une street-food pensée avec le sérieux d’une grande table : sourcing local exigeant, cuissons précises, assaisonnements millimétrés et produits frais.
Même le nom s’amuse avec les codes établis : le Dragon pour l’imagerie traditionnelle, le Super pour le coup de fun. Et de feu !
Un bouillon de culture
Ici, le réconfort se sert brûlant. Pièce maîtresse de la carte, le bouillon de bœuf doit sa profondeur à de longues heures de cuisson autour des os, de la volaille et des légumes. Il accueille ensuite noix de joue ou jarret de bœuf et des noodles charnues, bien rebondies.
Deux versions proposées : classique ou málà, avec le bonus piquant-vibrant du poivre du Sichuan.
Une cuisine qui va droit au goût, sans jamais céder sur la justesse des assaisonnements.
Le reste de la carte a du mordant : un bao maison à la farine bio italienne, légèrement toasté au beurre « pour gagner en texture », un Dan Dan Mian (nouilles sichuanaises) généreux en cacahuètes, coriandre et cébette, une aubergine longuement braisée à l’ail confit, une salade de concombre pimpée au kimchi…
La Chine mène la danse, tandis que la Corée s’invite par touches bien senties.
Et pour finir, les classiques occidentaux se frottent aux saveurs d’Asie : tatin de mangue bien balancée ou riz au lait-kumquat confit en clin d’œil à la Normandie.
Un Dragon fait maison
Chez Super Dragon, on déguste aussi avec les yeux. Après onze mois de travaux, « en grande partie réalisés par nos soins », Chan Yan et Jérémy ont transformé le lieu en petite factory cosy de 36 couverts : c’est brut comme un atelier industriel, convivial comme une cantine et patiné comme la Provence. Elle cuisine, il reçoit en salle — avec des allers-retours derrière les fourneaux — et leurs parents viennent parfois prêter main-forte.
Le résultat ressemble à leur cuisine : personnel, précis et sans surjeu.
Autour des tables se croisent voisins, étudiants, touristes, initiés et curieux de tous âges. On y vient en solo pour manger sur le pouce ou à plusieurs pour faire durer le festin. On repart repus, avec l’impression d’avoir changé de latitude. Une adresse singulière et sans esbroufe. Ici, on fait simple, mais on le fait si bien. Aix en avait besoin.
Le Petit Plus : côté glou, la sélection est canon ! Vins nature et bio, bière artisanale (Bulles de Provence) brassée à Puyricard, thé glacé au Yuzu ou cultissime Tsingtao.
Texte et photos par Pauline Puaux









